Haïti franchit une étape historique : installation officielle du Comité National Haïtien de Restitution et de Réparation (CNHRR)
Haïti vient de franchir un tournant majeur dans son histoire contemporaine avec la remise officielle, le lundi 8 septembre 2025, des ampliations aux membres du Comité national Haïtien de Restitution et de Réparation (CNHRR) par le Président du Conseil Présidentiel de Transition, Son Excellence Monsieur Laurent SAINT-CYR. La cérémonie, empreinte de solennité, s’est tenue à la Villa d’Accueil en présence des Conseillers Présidents, de plusieurs membres du gouvernement, de représentants de la société civile, du monde académique et d’autres personnalités nationales et internationales.
Cette remise marque l’entrée en fonction effective d’une instance appelée à jouer un rôle clé dans la défense de la dignité nationale et la revendication historique du peuple haïtien. En confiant ce mandat au CNHRR, le Président Laurent SAINT-CYR inscrit la Transition dans une démarche de continuité mémorielle et de souveraineté morale. Derrière cet acte, se dessine la volonté ferme de replacer Haïti au cœur du débat mondial sur la justice réparatrice postcoloniale, une cause que le pays porte avec la légitimité de son histoire et la profondeur de ses blessures.
Composé de vingt et un membres issus de milieux variés diplomatie, droit, économie, recherche scientifique, culture et société civile, le CNHRR se voit confier une mission aussi ambitieuse que stratégique. Il aura pour tâche de concevoir et de déployer une politique diplomatique nationale cohérente en matière de réparations, en coordination avec les plus hautes institutions de l’État. Le Comité devra également produire une documentation scientifique et juridique solide, retraçant l’impact économique, social et psychologique de la dette coloniale imposée à Haïti au XIXᵉ siècle, une dette qui a lourdement hypothéqué son développement.
Le CNHRR est aussi appelé à mobiliser la société haïtienne autour de cette cause considérée comme un devoir de mémoire, mais aussi comme un levier d’émancipation collective. Il s’agira de rallier les acteurs régionaux et internationaux à travers la CARICOM et les organisations multilatérales, afin de construire un plaidoyer diplomatique crédible et durable. Cette approche globale, à la croisée du savoir, du droit et de la diplomatie, ambitionne de faire entendre, sur la scène mondiale, une voix haïtienne ferme, documentée et légitime.
Le Conseil Présidentiel de Transition, à travers son président, a réaffirmé son engagement à accompagner le Comité tout au long de sa mission. Ce soutien politique et institutionnel vise à garantir que le travail du CNHRR se déroule dans un cadre d’excellence, de rigueur scientifique et de transparence, loin des pressions et des influences partisanes. La démarche traduit un appel à la responsabilité nationale : replacer la vérité historique au centre du récit haïtien, non pas dans un esprit de revanche, mais dans une quête de reconnaissance et de réparation morale et économique.
La création du CNHRR s’inscrit dans un contexte mondial où plusieurs nations issues du colonialisme réclament des réparations pour les crimes économiques et humains hérités de l’esclavage et de la colonisation. Pour Haïti, première république noire indépendante, cette démarche prend une dimension singulière. Elle renvoie à un combat ancien, mais toujours inachevé : celui d’un peuple qui, après avoir conquis sa liberté par le sang, a été contraint de la payer financièrement au prix de son développement.
En dotant le pays d’un organe national de restitution et de réparation, le Conseil Présidentiel de Transition envoie un signal fort : celui d’un État qui choisit de reconstruire sa mémoire et de défendre son honneur. Ce pas, hautement symbolique, marque une réaffirmation de la souveraineté d’Haïti dans le concert des nations. Plus qu’un simple acte administratif, c’est un engagement envers l’histoire, la vérité et la justice universelle.
L’installation du CNHRR ouvre ainsi une ère nouvelle pour la diplomatie haïtienne, fondée sur la rigueur intellectuelle, la cohésion nationale et la réhabilitation d’un passé souvent déformé. Dans cette perspective, Haïti ne réclame pas la pitié du monde, mais la reconnaissance de son droit : celui d’un peuple qui se dresse, lucide et digne, pour transformer une plaie historique en projet collectif de renaissance.
Berlande BERNARD