Stéphanie Smith : au-delà des jugements, l’engagement
Par Mak Steeve Geffrard
En Haïti, nous avons parfois l’habitude de résumer la vie des gens à une ligne droite, rigide et simpliste. Nous regardons un instant, nous jugeons rapidement, et nous croyons avoir tout compris d’un parcours, d’une personnalité, d’une histoire.
Pourtant, la vie humaine n’est jamais une ligne droite. Elle est faite de courbes, d’expériences, de choix, de passions et de combats.
Accepter une charge publique ne signifie pas cesser d’être un être humain. Cela ne signifie pas renoncer à sa personnalité, à ses goûts, à sa famille, à sa culture ou à ce qui nourrit l’identité profonde d’une personne.
Servir l’État ne devrait jamais exiger que l’on renonce à vivre. Et surtout, occuper une fonction publique ne devrait jamais empêcher que l’on reconnaisse la compétence, le travail, l’engagement et les capacités d’une personne.
C’est dans cette perspective que le parcours de Stéphanie Smith mérite d’être regardé avec justesse. Son ascension n’est pas seulement celle d’une femme qui occupe aujourd’hui une responsabilité nationale importante. Elle est aussi le symbole d’une génération qui refuse d’attendre indéfiniment son tour pour contribuer à l’avenir du pays.
Car l’une des grandes transformations d’Haïti aujourd’hui réside précisément dans l’émergence de nouvelles voix : des jeunes femmes et des jeunes hommes qui veulent agir, proposer, construire et partager une vision renouvelée du pays.
Bien sûr, dans tout espace public, il existera toujours des voix qui cherchent à dénigrer. Il y aura toujours des discours qui tentent de réduire les parcours, de discréditer les efforts ou de transformer les réussites en soupçons.
Mais il existe aussi une autre dynamique : celle de celles et ceux qui choisissent de croire, d’accompagner et de bâtir.
Car Haïti ne se reconstruira pas avec le cynisme, mais avec la confiance et l’engagement.
Au-delà des caricatures et des polémiques faciles, Stéphanie Smith agit. Elle s’inscrit dans une démarche qui consiste à promouvoir Haïti, à valoriser son patrimoine culturel et à soutenir les industries créatives qui représentent l’une des plus grandes richesses du pays. Car parler de tourisme en Haïti, ce n’est pas seulement parler d’économie.
C’est parler d’identité, de culture, de créativité et de rayonnement. Chaque initiative qui valorise le patrimoine, chaque action qui met en lumière les talents haïtiens, chaque projet qui soutient les industries culturelles contribue à redonner au pays une place dans l’imaginaire du monde.
Mais l’exemple de Stéphanie Smith porte également un message important pour les jeunes femmes du pays. Pendant trop longtemps, certaines idées toxiques ont circulé dans nos sociétés : l’idée que pour accéder aux plus hautes responsabilités, une femme devrait forcément se compromettre.
Par son parcours, sa patience, sa persévérance et son travail constant, elle démontre exactement le contraire. Elle rappelle que la compétence, la rigueur et la détermination peuvent ouvrir les portes du leadership. Et cela envoie un signal fort à toute une génération.
Car la jeunesse haïtienne ne veut plus seulement observer l’avenir : elle veut participer à sa construction. Dans cette période de crise profonde que traverse le pays, les jeunes commencent justement à montrer la différence. Leur énergie, leur créativité et leur volonté d’agir peuvent devenir une force décisive lorsqu’elles se combinent avec l’expérience des générations précédentes, l’expertise des professionnels et la contribution de tous ceux qui croient encore en Haïti.
Car au fond, la reconstruction du pays ne sera pas l’œuvre d’une seule génération, ni d’un seul groupe. Elle sera le résultat d’un effort collectif. Un effort où chacun apporte sa pierre : les jeunes, les aînés, les spécialistes, les entrepreneurs, les artistes et les citoyens engagés.
Nous partageons tous une responsabilité envers ce pays. Et cette responsabilité est permanente. Car au-delà des débats, des critiques et des polémiques, une vérité demeure : nous devons tous quelque chose à Haïti. Et cette dette envers notre pays est, d’une certaine manière, éternelle.