Lula demande à Macron de restituer à Haïti plus de 25 milliards d’euros
Lors de sa visite officielle en France, le jeudi 5 juin 2025, le président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, a mis en lumière la responsabilité historique et actuelle des grandes puissances dans la situation critique d’Haïti dont l’épineuse question de la dette de l’indépendance. Il a dénoncé l’inaction de la communauté internationale et insisté sur la nécessité d’un engagement réel pour soutenir la première république noire indépendante, longtemps laissée pour compte sur la scène mondiale.
Lula a rappelé que, sous la pression militaire de la France en 1825, Haïti avait été contrainte de verser une indemnité colossale pour obtenir la reconnaissance de son indépendance. Cette « dette de l’indépendance », initialement fixée à 150 millions de francs or puis réduite à 90 millions, fut remboursée jusqu’en 1947. Selon plusieurs études, elle équivaudrait aujourd’hui à plus de 25 milliards d’euros, voire davantage si l’on inclut les intérêts cumulés et les pertes économiques associées. Pour le président brésilien, cette exigence financière illustre une sanction infligée à Haïti pour avoir osé briser les chaînes de l’esclavage et proclamer son autonomie, une injustice dont les effets continuent de se faire sentir près de deux siècles plus tard.
Le chef de l’État brésilien a également souligné que la situation actuelle d’Haïti ne pouvait être comprise sans tenir compte de ce lourd héritage. Bien que le pays fonctionne sous un régime démocratique, il reste fragilisé par la violence des gangs, l’instabilité institutionnelle et la pauvreté extrême. Ces défis sont aggravés par un manque criant de soutien international. Lula a dénoncé le décalage entre les discours de solidarité affichés par les grandes puissances et la réalité d’actions concrètes pour aider Haïti à se relever.
Il a en outre mis en parallèle la situation haïtienne avec celle de nations souvent isolées politiquement, en soulignant qu’Haïti n’est pas soumise à des sanctions idéologiques, mais victime d’une indifférence généralisée. Il a insisté sur la nécessité pour les pays riches de dépasser les déclarations de principe et de passer à des mesures tangibles pour soutenir la reconstruction et la stabilité de l’île.
Enfin, Lula a rappelé les initiatives entreprises par le Brésil et Cuba à la suite du séisme dévastateur de 2010, qui ont permis la construction d’un hôpital et la mise en place d’un projet hydroélectrique d’une valeur de 40 millions de dollars. Ces actions, bien que limitées en comparaison des besoins d’Haïti, illustrent selon lui la différence entre des engagements concrets et de simples promesses. Il a conclu en soulignant que sans une véritable volonté politique internationale, Haïti resterait prisonnière de son passé et des conséquences des injustices qu’elle a subies.
Tatiana Casséus